Hannah Arendt

1906 - 1975

Née à Hanovre mais ayant grandi à Königsberg, la ville de Kant, cette élève brillante, de confession juive, formée par Jaspers et surtout Heidegger doit fuir le nazisme en 1933. Elle se réfugie d’abord en France où, devenue la secrétaire de la baronne de Rothschild, elle aide les juifs exilés à gagner la Palestine. En juillet 1940, Hannah Arendt s’évade du camp de Gurs, dans les Pyrénées françaises, où elle a été internée durant cinq semaines. Passant par l’Espagne, elle parvient à se rendre aux Etats-Unis et finit par obtenir la nationalité américaine, en 1951, après être restée apatride pendant 18 ans. Cette expérience douloureuse de l’exil subi en raison de ce qu’elle est – une femme juive – contribuera à faire d’elle une philosophe convaincue que la vie est un combat permanent pour la liberté d’exprimer sa différence. 

L’originalité de sa pensée vient de ce qu’elle applique la méthode phénoménologique à la politique. Penser l’événement en décrivant les conditions de son apparition, et non simplement en l’enregistrant comme le font les journalistes, tel est l’objet de son ouvrage le plus célèbre : L’origine du totalitarisme. Elle y montre que ce qui a rendu possible le nazisme, c’est la conjonction d’une matière (l’antisémitisme) et d’une forme (la bureaucratie), la manipulation d’une « masse atomisée » par une idéologie qui vise à éradiquer les différences, conditions du débat démocratique. Lorsqu’elle couvrira le procès Eichmann en 1961 pour le magazine The New Yorker, c’est ce même souci descriptif qui l’amènera à voir dans ce bourreau nazi non pas un monstre mais un fonctionnaire médiocre dépourvu de tout sens critique à l’égard de sa mission génocidaire. Elle forge alors son concept, très polémique, de banalité du mal.

Mais Hannah Arendt s’interroge aussi sur la condition de l’homme moderne et sa manière d’agir. Distinguant le travail, l’œuvre et l’action, elle s’inquiète de la toute-puissance de la technique qui, à l’heure de la conquête de l’espace, tend à s’imposer comme la valeur principale qui motive nos choix. Convaincue que l’homme n’est pas, comme le croit Marx, un « animal laborans » (un animal travailleur) mais, comme le définissait Aristote, un « zoon politikon » (un animal politique), elle nous alerte sur le danger d’une vie réduite au cycle stérile de la production et de la consommation.

Conservatrice par certains côtés, très attachée à la transmission de la culture, Hannah Arendt n’en fut pas moins par son style et l’audace de sa pensée une philosophe particulièrement novatrice.

 

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