Jeremy Bentham

1748 - 1832

Dans un tramway roulant à toute vitesse est assise une personne, tandis que sur les rails sont installés trois badauds qui risquent de mourir écrasés. L’aiguillage à portée de main, vous pouvez choisir de faire dérailler le tramway : sacrifier un passager, sauver trois malheureux. Le faites-vous ?

 

Jeremy Bentham l’aurait certainement fait — bien que ce ne soit pas lui qui ait formulé ce célèbre dilemme (dit « du tramway »). Il aurait jugé la situation selon le principe d’utilité, qui évalue toute action en fonction de l’augmentation ou de la diminution du plaisir qu’elle procure. Trois vies sauvées ne valent-elles pas mieux qu’une ?

 

Né dans une famille anglaise de haute condition, celui qui deviendra le fondateur de l’utilitarisme est un enfant prodige : admis à l’université d’Oxford à douze ans, docteur à quinze, il entreprend une carrière juridique avant de se tourner définitivement vers la philosophie. Dès son retrait du barreau, Bentham choisit de se consacrer à la conception d’un dispositif juridique et politique fondé sur des principes plus solides que l’usage, la coutume, les mœurs ou les croyances.

 

Ce dispositif, c’est l’utilitarisme, qui s’ancre dans une morale individualiste et hédoniste : « Le nature a placé l’humanité sous la gouvernance de deux maîtres souverains, le plaisir et la douleur. C’est à eux, et à eux seuls, de nous indiquer ce que nous devons faire comme de déterminer ce que nous allons faire. » (Introduction aux principes de la morale et de la législation, 1789). La morale passe par une véritable arithmétique des plaisirs et des peines, dont doit résulter le maximum de bonheur possible pour l’humanité. Sept critères — durée, intensité, certitude, proximité, étendue, fécondité et pureté — permettraient selon lui de mesurer le degré de moralité d’une action. Avec des implications étonnement modernes sur la cause animale : « La question n’est pas : “Peuvent-ils raisonner ?”, ni “Peuvent-ils parler ?”, mais “Peuvent-ils souffrir ?” ».

 

Établi en France au moment de la Révolution Française, il est farouchement opposé aux notions de droit naturel soutenues par la Déclaration des Droits de l’Homme ; il propose cependant des principes juridiques repris dans le Code Napoléon. De retour au Royaume-Uni, il propose au gouvernement un projet pénitentiaire novateur, le panopticon, qui sera rendu célèbre par Foucault dans Surveiller et Punir. Son influence est considérable, notamment à travers ses amis et disciples : Adam Smith, Jean-Baptiste Say, ou encore John Stuart Mill.

 

L’utilitarisme est un argument philosophique très puissant, employé aujourd’hui jusque dans la conception de voitures autonomes ! En effet, la tentative de Bentham de quantifier la moralité d’une action est particulièrement adaptée quand il s’agit de concevoir des machines capables de choix éthiques.

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